Arthur : un vieux… qui fait du neuf

Alors que le second opus de l’hebdo show est venu conforter les prometteuses audiences de l’épisode 1 lancé une semaine plus tôt en seconde partie de soirée du TF1, les premières analyses et critiques sont venues alimenter nos time-line et les sites spécialisés. Bienvenue dans le game.

D’abord, les factuels : à j+7, l’hebdo show a rassemblé 2,4 millions de téléspectateurs, 21,6% de parts d’audiences et 31,4% sur les femmes de moins de 50 ans responsables des achats (les ménagères 2.0 dirons-nous). Succès donc.

Vient ensuite une autre catégorie, toujours chez les factuels, mais à tendance comparative. « Score identique à celui d’Alessandra Sublet pour « Action ou Vérité » ; « en dessous de Drucker mais au dessus d’Hanouna, Lapix etc. ».

Seul le match Arthur / Sublet possédant finalement de réelle valeur, les 2 formats ayant bénéficié de conditions identiques pour leur lancement (horaire, lead-in, stratégie d’écrans publicitaire pré kick-off…). Succès peut-être, mais pas fou non plus dirons ceux-là.

Et puis les autres, les pros et les antis… Résumons-les en ces quelques lettres : les fans. Fans oui, mais en tous genres. Engagés, drôles, enragés et même chroniqueurs. Des chroniqueurs dont le niveau d’argumentation ne permet parfois guère de distinction avec leurs propres admirateurs, analytiquement parlant j’entends.

La bonne question, c’est Cyril Hanouna qui la pose lors du debrief de l’Hebdo show à j+1 par son équipe : « Est’ce une émission de 2016 ? ».

Voici une réponse de plus, la mienne : « Oui, l’hebdo show est bien une émission de 2016 ». Une version 2.0 d’une émission de radio lancée il y a 20 ans peut-être, mais qui pourrait trouver son public d’ici peu. Quotidiennement ? C’est un autre enjeu…

Je m’explique. Depuis le loft lancé en 2001, quels genres télévisuels ou formats sont-ils parvenus à révolutionner le PAF et les modes d’écritures sur le modèle de la télé linéaire ? Très peu. Nous assistons depuis 20 ans à des versions bis et 2.0 d’anciennes recettes. Est-ce un problème ? Non. Une simple preuve que les créatifs, diffuseurs et producteurs ont fait leur boulot depuis l’arrivée du désormais « écran principal » dans les foyers. Il fallait bien un jour que la source s’épuise.

La question n’est donc plus aujourd’hui de savoir quelle nouvelle mécanique trouver mais comment réussir à se réapproprier des idées et des codes narratifs désormais datés et parfois même oubliés.

Du nom de l’émission, au choix des chroniqueurs et des rubriques, il suffirait de quelques clics pour retrouver les sources d’inspiration de la mécanique TPMP. Une Enora Malagré n’est-elle pas le croisement 2.0 entre Sophie Favier, Cécile de Ménibus et une candidate issue des Anges de la téléréalité ? Mêmes ressorts, même rôle, mais version 2016. Une forme d’évolution, au sens technique du terme en tous cas.

Plagiat ou carence d’idées ? Non. Du pragmatisme ? Oui. Stratégie payante et assumée, que les audiences ont largement validé.

La télé d’aujourd’hui ne s’est-elle pas faite la spécialiste de l’adaptation, de l’affinage, du modernisme, du marketing et du partage ? La mode n’est plus aux esprits créatifs exclusivement, mais aux cerveaux écolos, au sens « recyclage » du terme.

Sur la base de ces quelques réactions, il est donc reproché à ce « vieux monsieur de télévision », d’avoir sorti de ses tiroirs, et de ceux des autres, les ingrédients de recettes ayant trouvé fortune auparavant. Mais comment pourrait-il en être autrement pour un format dont l’essence même consiste « en une conversation entre un animateur et un ou plusieurs invités sur des thèmes déterminés » (#Larousse).

Fallait-il s’interdire l’exercice au prétexte que d’autres l’ont déjà fait ? Les grosses têtes, Coucou c’est nous, On ne peut pas plaire à tout le monde ou certaines ambiances à la Ardisson, auront forcément inspiré la production dans sa mécanique. Le défi pour Arthur sera donc de proposer à ses audiences une version 2.0 de talk-show, capable de fédérer sur la durée ceux qui avaient jadis désertés les cases de ses aînés.

Un exemple parmi tant d’autres et hors de nos frontières. Toute ressemblance…

Côté contenu, l’Hebdo show a fait dans le simple et efficace. D’abord avec la présence de valeurs montantes du groupe TF1 parmi la bande (Christophe Beaugrand en tête, Charlotte Namura…), auxquelles s’ajoute un panel équilibré d’artistes et personnalités tel Jarry, Christine Bravo, Titoff. Le choix des invités confirme également une volonté de rassembler large (Rayane Bensetti et Guillaume de Tonquédec pour la première).

1h30 d’émission rythmée par des intervenants à valeur ajoutée, à mon sens, tel Tanguy Pastureau et Walter. Reste le mur des téléspectateurs qui au delà du symbole « 100% connecté » devrait apporter rapidement la touche interactive et sociale que porte la promesse d’un talk show 2.0.

Gardons en tête qu’en cette période de calme plat et d’audiences hostiles sur le terrain des nouvelles productions TV, seules 2 sociétés tirent pour l’heure leur épingle du jeu. La première Banijay (+Zodiak), possédant notamment la firme de l’actuel plus gros producteur Français en nombre d’heures de programmes  (H20) et la seconde, propriété d’Arthur, qui parvint à placer à l’antenne et souvent avec succès, de nouvelles marques au cours de ces 2 dernières années (Vendredi tout est permis, stars sous hypnose, les invisibles, les z’awards notamment).

Laissons au programme le temps de quelques émissions pour trouver son rythme, et à la bande sa cohésion. Passé ce délai, le juge Médiamétrie tranchera et fin du débat.

 

Auteur : Mathieu Jabaud

Mathieu Jabaud fonde « Les Audiences Consolidées » en 2017 dans le but décrypter, accompagner et transmettre son expertise et ses expériences liées aux médias et à la communication. Parmi ses clients : des chaînes de TV (Cnews, NRJ12), des écoles de commerce (Sup de Pub, EFAP, ISEG, Inseec), des universités (Paris 8, UPEC), des personnalités issues du monde médiatique, sportif et politique. ———————————————————————————————————————————————————— .Responsable de la communication du groupe Endemol France (2013-2017) .Chargé de Communication et Marketing à la Fédération Française de Judo (2006-2013) .Diplômé d’un MBA de Management du sport .Licence et Maîtrise Management et Commerce .Ecole hôtelière Paris

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