Le débat Zlatan, un syndrome bien Français

Paris, Parc des Princes, samedi 14 mai 2016, 22h44.

89ème minute d’une rencontre dont le seul intérêt consistait à savoir si « Ibra » parviendrait ou non à inscrire à nouveau son nom dans la légende du PSG. Un but marqué, ce qu’il fit dès la 17ème minute, et il rejoignait l’illustre Carlos Bianci au rang des meilleurs buteurs du club sur une saison (37 buts). Un doublé et il prenait place seul en tête de ce classement pourtant d’une autre époque(1978).

C’est à donc à la 89ème que le géant suédois, sur une ultime tentative, parvint à placer une tête hors de portée du gardien Nantais, pour inscrire ce tant attendu second but personnel. Un 4ème but pour l’équipe qui offrira aux 45 000 téléspectateurs du Parc des Princes ce qu’ils étaient venus chercher : célébrer celui qui depuis son arrivée, fut l’emblème d’un PSG 2.0 programmé pour gagner, un jour, la Champions League.

Un dernier but devant son public et puis s’en va ? C’était mal connaître le joueur qui, malgré des statistiques et un palmarès hors normes à échelle de la ligue 1 fut bien souvent sous le feu des critiques d’une poignée de chroniqueurs et observateurs de tous bords et à haute résonance.

Une fois ce nouvel exploit célébré, Ibra offrit à ses audiences et en live, un nouveau moment Zlatanesque en demandant à ses deux enfants de le rejoindre sur la pelouse, pour accompagner sa sortie auto-décidée. Qu’importe que le coup de sifflet final de la partie n’est pas encore retenti et que les trois remplacements avaient déjà eu lieu plus tôt.

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Une sortie à la hauteur du personnage, pleine de fierté, d’autorité même et surtout hors-norme. Un adjectif manque pourtant à cette description, un qualificatif que beaucoup se refusent à reconnaître lorsque le cas Zlatan est évoqué : l’émotion.

Et oui, témoin privilégié de sa sortie de terrain et de ses dernières minutes passées sur la pelouse, seuls les aveugles (mais personne ne pourra blâmer ceux là), les austères ou les chroniqueurs à degré zéro de sensibilité n’auront pas ressenti l’émotion que le numéro dix tentait de maîtriser. Une émotion qu’il m’est arrivé à plusieurs reprises de lire sur le visage du colosse au grès de ses quatre années de succès et plus rarement d’échecs. Bref, d’émotion.

Là où nombreux commentateurs auront vu de l’arrogance, Ibrahimovic était souvent « générosité ». Générosité sur le terrain d’abord ( 154 buts en 179 matchs sous le maillot parisien rappelons-le). Générosité en coulisses avec les fans et les journalistes (le « chambrage » est une forme de générosité voire de complicité). Et générosité 360 avec le public qui n’eut de cesse de s’intéresser, fans ou non, au moindre geste du joueur depuis son arrivée en terres françaises. Le sport est un show, un entertainment dont le football est l’un des plus grands pourvoyeurs. Si certains spécialistes l’ont oublié ou même inexploré cet aspect, Ibra lui aura appris à composer avec et s’en amuser.

L’Europe, creuse diatribe ou faute professionnelle ?

Bien entendu, une tâche marquera à jamais le parcours du natif de Malmö durant son histoire parisienne. Quatre quarts de finales en ligue des champions et une incapacité à hisser son équipe dans le dernier carré, tandis que la « PSGsphère » était en droit de l’attendre légitimement cette année.

Chez les « contres », 3 théories s’affrontent ou se complètent c’est selon

Certains, les plus nombreux et plus factuels mettront en avant les statistiques peu flatteuses du Suédois dans les matchs de C1 à élimination directe. Des stats’ implacables qui révéleront une baisse de régime de l’avant-centre une fois les matchs décisifs arrivés.

L’autre argument, c’est Bernard Laporte qui s’en fera ambassadeur sur RMC : « On me dit que Zlatan Ibrahimovic est très intelligent. Je suis désolé: Ibrahimovic, c’est le roi du village. C’est comme à la pétanque, c’est le numéro 1 du village, il est très bon. Mais quand tu es intelligent, tu joues avec des bons. Lui, il ne peut pas jouer avec des bons tellement il a d’ego.

Paris n’a pas gagné la Champions League car les mecs autours ne sont pas au niveau ! Il ne peut pas respecter des mecs qui sont aussi bons que lui. Il ne peut pas les respecter, car il a envie d’être le roi du village. Et cela apporte des limites. »

Enfin les 3ème, les nostalgiques de années où le spectacle se faisait dans les tribunes faute d’être jouissif sur le terrain, qui expliqueront que si Pauleta marquait 20 buts avec Pancrate et Coridon à ses côtés, il battrait tous les records dans l’équipe actuelle. Peut-être…

Après analyse de ces audiences

L’argument des statistiques est incontestable et seul une accession aux demi-finales de la Champions League aurait permis de nuancer voire de renverser la tendance. Mais notons tout de même ceci : au cours de la campagne 2015-2016, le Paris-Saint-Germain aura disputé 4 matchs à éliminations directes (Chelsea puis Manchester City). Bilan de ces 4 matchs pour Ibra : 3 buts et une passe décisive… Sans crier au génie loin s’en faut, l’argument chiffré en prend un coup, au moins pour cette année ne trouvez-vous pas ?

Quand au couplet évoqué sur RMC, qui ferait de l’attaquant parisien un tyran préférant voir son équipe stagner et faillir aux objectifs d’une vie, pourvu qu’il en reste l’entière et unique star… J’avoue ne pas être certain d’y croire et trouver que cette analyse, aussi louable et argumentée soit-elle, manque peut-être de profondeur voir d’ouverture… au monde (et tous villages inclus bien entendu).

Comment les plus grandes stars de la NBA, aux égos dont seuls le montant de leurs contrats chiffrés en dizaine de millions de dollars n’ont d’équivalent, sont-ils parvenus à décrocher leur graal et amasser les bagues de champions alors même que leur principal rival, en termes d’orgueil, de talent et de popularité, se trouvait parfois dans leurs propres équipes composée de 5 joueurs seulement ? Shaquille O’neal et Kobe Bryant aux Lakers pour ne citer qu’eux.

Valider cette thèse, signifierait donc qu’Ibra aurait un égo supérieur à ceux des stars US citées ? Ou pire même, que des internationaux tel Angel Di Maria, pourtant ex partenaire de Cristiano Ronaldo, Cavani, Lucas, Pastore, David Luis, Matuidi, seraient des gagnes-petits, inhibés dans les grands rendez-vous par crainte d’énerver le vilain géant ?

Que ces joueurs aient déjoué sur les deux matchs les plus déterminants de l’année est indéniable. Que cette responsabilité soit l’entière faute du futur ex Parisien… A vous de juger.

En conclusion

Comme souvent, les « winners » et les « caractères » ne feront jamais l’unanimité dans un pays qui préférera toujours l’histoire du petit poucet en coupe de France à celle des records de la version Qatarienne du PSG. Pas de problème avec cela, juste une sensibilité et un contexte à prendre en compte au moment d’analyser ce syndrome bien français.

Là où Zlatan Ibrahimovic aurait reçu 100% d’adhésion à la simple lecture de son palmarès et de ses performances, il sera ici aussi jugé pour une phrase, une attitude, une réaction. Et dans ce contexte, le moindre geste est soumis à l’interprétation de tous, et en particulier de ceux qui adorent l’histoire du petit poucet… Cette histoire où des parents se décident à abandonner leurs enfants sans défense dans une lugubre forêt…L’interprétation vous dis-je…

Les statistiques de Zlatan Ibrahimovic au PSG : cliquer ici

MJ

Auteur : Mathieu Jabaud

Responsable de la communication du groupe Endemol France (2013-2017), et aujourd'hui consultant, Mathieu Jabaud évolue au cœur des enjeux stratégiques liés à l’audiovisuel, aux médias et à la communication. Observateur avisé de l’Entertainement depuis la création d’un contenu jusqu’à sa diffusion, en passant par la gestion de talents et la promotion 360°, il fit ses premiers pas dans le marketing sportif à la sortie d’un MBA en 2006. Egalement diplômé de l’école hôtelière et d’une maîtrise management et commerce, il acquit d'enrichissantes expériences dans les secteurs du tourisme et de l’animation. Tout à sa volonté de « décrypter, accompagner et transmettre », il crée en 2017 « Les Audiences Consolidées», offrant à ses clients et réseaux, analyses, conseils et conférences, sur ses thématiques de prédilections.

4 commentaires

  1. Le fait qu’on impute l’élimination PSG en quarts de finale au seul Ibrahimovic m’agace également. Je ne l’exonère pas de ses torts, il a manqué de réalisme au match aller face à City. Mais le PSG a été éliminé à cause des buts qu’il a encaissés et non de ceux qu’il n’a pas inscrits. Et ça, ce n’est pas le boulot du Suédois. Ce n’est pas de sa faute si Aurier fait des conneries sur l’égalisation mancunienne. À 2-1, le match retour était beaucoup plus abordable.

    D’ailleurs, au sujet du match retour, j’ai du mal à comprendre qu’on puisse reprocher à Zlatan de ne pas avoir marqué. Le mec est attaquant : pour briller, il faut quand même que le ballon soit un minimum dans sa zone. Au lieu de quoi, Di Maria et les autres ont passé 90 minutes à faire des passes en retrait dans le rond central.

    Bref, je peux comprendre qu’en tant que leader de l’équipe, Ibra soit tenu responsable de l’élimination. Mais, comme disait l’autre, responsable n’est pas coupable. Le PSG devrait peut-être prendre le problème dans l’autre sens et se demander pourquoi il ne franchit pas les quarts malgré un tel monstre dans son équipe. Si tous les joueurs avaient affiché son niveau, Paris aurait sans doute atteint les demi-finales.

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