Le modèle Booba, ou l’économie parallèle 2.0

Patron de son propre groupe médias (OKLM) avec les récents lancements d’une web radio et d’une chaine TV, auteur-compositeur -interprète (+ de 200 000 exemplaires vendus pour son dernier opus), découvreur de talents, influenceur sur les réseaux sociaux et prescripteur via sa marque textile Unkut et son appli mobile…A bien y réfléchir, peu de personnes pourraient aujourd’hui être présentées en des termes si élogieux.

Le titre de cet article aurait d’ailleurs pu ressembler à ceci : Ernotte, Pelisson, Drahi, Bolloré. Hanouna, Ménès, Booba, Ruquier, ou la ligue des influenceurs à 360 degrés.

Pas facile à admettre pour certains peut-être, mais si la réussite et les valeurs qui en découlent devaient en France nommer quelques ambassadeurs, le nom de Booba pourrait figurer en haut de liste. C’est en tout cas ce qu’ont dû penser les institutions de la célèbre Harvard, où il sera prochainement invité, pour y exposer son parcours et les clés de son succès.

On pourra évidement critiquer ses choix artistiques dopés en consommation de vocoder et la mutation de son flow, très éloigné de la période « time bomb » qui fit jadis sa légende. D’autres s’attarderons sur un vocabulaire cru et souvent misogyne, et là… je n’aurai pas d’arguments ou plutôt oui, lisez bien cet article jusqu’à son épilogue.

Mais s’il est un terrain sur lequel l’autoproclamé Duc de Boulogne n’a cessé de s’affiner et même s’affirmer, c’est sur celui du business, de entrepreneuriat devrais-je dire, avec un grand €.

Près de 10 ans que je n’avais pas adopté ni apprécié une œuvre de Booba, trop attaché à ses hits d’antan et repoussé par l’arrivée massive de sonorités de synthèse dans ses récents titres.

J’avoue avoir cependant continué à suivre ses frasques, et souvent souri, devant les punchlines toujours affûtées qu’il distribue généreusement sur ses réseaux sociaux. Et puis arriva ceci :

Un gros son, bien lourd et bien « déter’ ». Le genre de son que j’apprécie écouter avant une grande échéance. Du passage de diplôme au rendez-vous business à enjeu, ou juste pour une mise en condition, avant une compétition ou une séance d’entrainement « forte ». Les sportifs comprendront, ou validerons même, dirait l’ourson…

Et là, l’envie me pris d’en savoir plus encore sur l’album Néro Némesis qui héberge en 6ème position de sa track list, le fameux Attila. Résultat, 14 morceaux dont plus de la moitié m’ont réconcilié musicalement avec l’artiste.

Mon intérêt désormais revenu, je pu apprécier en quelques clics, l’ampleur de la toile que l’homme d’affaire était en train de tisser. Des projets ambitieux et imbriqués, avec cohérence et maturité. Preuve en est, sa capacité à faire de ses ennemis d’hier, des collaborateurs d’aujourd’hui, sur ses nouvelles chaines radio ou tv.

Confronté au boycott, comme tant d’autres, tous genres musicaux confondus, et lassé de ne pas voir les portes de la réussite « traditionnelle » s’ouvrir comme il le souhaiterait à lui et ceux qu’ils pourrait représenter, le rappeur a donc décidé de devenir lui-même créateur de richesse et d’inventer son propre système en parallèle. Parallèle car similaire côté méthode et objectifs mais en traçant sa propre ligne et en marge. Et comme « on n’est jamais mieux servi que par soi-même », il incarnera le produit phare de son industrie.

Un choix risqué car exposé, appuyé par une stratégie de communication-marketing impactante, où chaque indignation des membres du « circuit traditionnel » liée à des faits divers (clash, altercations) ou à des textes incisifs, voir condamnables si sortis de leur contexte, sont autant de publicité et de promotion pour les activités de celui qui fin 2015, assura un concert à guichet fermé à l’Accor Hotel Arena de Bercy.

Stratégie, création de valeur, produit, promotion, communication : les bases d’un bon mix marketing sont là.

Triste modèle diront certains ? Et si cette hypothèse servait finalement à en valider une autre ? Et si le rap, ses codes, ses écarts (contrôlés), son « game » et son modèle, n’étaient finalement que du pur Entertainment, au même titre qu’un jeu TV, une fiction, un événement sportif, un talk-show, un bon ciné ? Un divertissement avec ses personnages, ses écritures, ses montages et son ADN propre.

Horreur, désacralisation ? Pas une seconde !

Pourquoi l’un n’irait pas sans l’autre ? Selon certains spécialistes, le rap serait devenu la musique préférée des français. Consommateurs, producteurs et artistes, chacun y trouve son compte, et qu’importe que les textes soient purement fictifs ou de l’ordre du vécu.

Le plus gênant sera finalement pour certains, d’admettre qu’eux ou leurs enfants, auront contribué à enrichir les stratégies payantes d’individus de prime abord vulgaires et peu cérébrés.

« Mais les braves gens n’aiment pas que, l’on trouve une autre route qu’eux… », et ça…

MJ

Auteur : Mathieu Jabaud

Responsable de la communication du groupe Endemol France (2013-2017), et aujourd'hui consultant, Mathieu Jabaud évolue au cœur des enjeux stratégiques liés à l’audiovisuel, aux médias et à la communication. Observateur avisé de l’Entertainement depuis la création d’un contenu jusqu’à sa diffusion, en passant par la gestion de talents et la promotion 360°, il fit ses premiers pas dans le marketing sportif à la sortie d’un MBA en 2006. Egalement diplômé de l’école hôtelière et d’une maîtrise management et commerce, il acquit d'enrichissantes expériences dans les secteurs du tourisme et de l’animation. Tout à sa volonté de « décrypter, accompagner et transmettre », il crée en 2017 « Les Audiences Consolidées», offrant à ses clients et réseaux, analyses, conseils et conférences, sur ses thématiques de prédilections.

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