[MMA en France] Achever plutôt qu’encadrer, la violente sentence d’un ministère « pas très sport »…

Lâche, comme un coup porté par derrière et sans raison. Choquant, comme la partialité d’un arbitre sifflant la fin d’un match avant l’issue de sa seconde mi-temps, celle du dénouement. Le 23 octobre dernier, le ministère des sports, par un arrêté régissant les « conditions de sécurité au sein des manifestations publiques de sports de combat « , a donc mis fin au suspense en publiant de nouvelles dispositions, incompatibles avec la pratique du Mixed Martial Art en France sous sa forme compétition. Un code du sport modifié venant ainsi tuer dans l’œuf tout espoir de légalisation. Pourtant, sur demande du ministère lui-même, un rapport parlementaire devait être rendu le 8 novembre prochain pour décider de l’avenir sur le territoire de cette discipline riche de près de 50 000 pratiquants et de talents aussi nombreux que multiples.

TALENTS ET EXPERTS, DÉSAVOUÉS PAR LE MINISTÈRE

Des talents, c’est exactement par ce biais que je choisis de commencer ce billet. Le talent version sport de combat ne m’a jamais habité. Le vrai talent j’entends, celui qui d’un regard vous fais comprendre qui est fait pour ça et qui ne l’est pas. En revanche, joies du hasard et de la vie, le destin s’est chargé de me placer au plus près de certains des principaux acteurs de ce sport. Faisant de moi, depuis ma rencontre avec le MMA en 2005, un témoin privilégié de son évolution, ses avancées et ses antagonismes parfois.

Certains sont devenus des intimes, des personnes avec qui j’ai partagé et partage encore de bons moments, souvent emprunts d’émotions. Entraînements, compétitions, événements, repas ou simples discussions. Bertrand et Karl Amoussou, Stéphane « Atch » Chaufourier, Xavier Foupa-Pokam. D’autres protagonistes ensuite, que je retrouve avec grand plaisir les soirs de galas, passionnés que nous sommes, à l’approche d’un tatami, d’un ring ou d’un octogone. Arnaud Romera journaliste de très haut niveau ou Nicolas Poy-Tardieu, équipementier emblématique, pour ne citer qu’eux. Tous d’éminents professionnels multisports reconnus par leurs pairs.

D’anciens frères d’arme peuplent également cette sphère. Il sont devenus combattants, coach ou spectateurs avisés. Serge, Fred, Guillaume, Jean-Pierre, Sacha, tous ces visages gravés et dont je ne me lasse pas. Des personnes si différentes, toutes brillantes et chacun dans leur domaine. Bien loin des poncifs sur la violence gratuite et l’ascenseur social pour les jeunes de quartiers. Clichés !

Ne cherchez pas à limiter la cartographie du MMA à une partie de la société, le MMA, c’est la société, dans toute sa diversité. Nous sommes étudiants, dirigeants, ouvriers, cadres, parents, mariés, veufs, divorcés, hommes, femmes, enfants, chômeurs, rentiers, provinciaux, citadins, et d’abord passionnés. Comment ce large panel, pratiquant loisirs à 99% pourraient à tel point se tromper ? Pourquoi, de manière apparemment inconsciente, risquer sa vie et s’assoir sur sa dignité, une fois la porte de son club franchie ? Ceux-là ne se mentent pas, mais d’autres le font pour eux…

DANGEREUSES INTERDICTIONS

En supprimant les percussions lors des phases de combat au sol, invalidant ainsi la pratique du MMA de compétition, le ministère des sports justifie une volonté de protéger l’intégrité physique des combattants. Le message serait donc celui-ci : étrangler ou briser une articulation, c’est bien. Frapper, c’est pas bien. Rapide résumé n’est-ce-pas ? Comme de penser qu’une perte de connaissance ou un bras cassé seraient plus acceptables qu’une ecchymose ou un saignement. L’hématome se voit très vite, la fracture moins, mais à choisir…

La seconde disposition porte sur l’interdiction de toute situation dégradante pour la dignité humaine. L’état a donc par un nouveau décret, prohibé les compétitions dans les surfaces de combats grillagées, car, comprenez-vous, les combattants ne sont pas des bêtes que l’on pourrait mettre en cage. Ces aires me semblaient pourtant adaptées aux pratiques dont la maîtrise de l’espace n’est pas toujours maîtrisée ou maîtrisable… Un exemple ? Attention images choquantes ci-dessous… J’ai mal à ma dignité humaine… Clichés !

Bien entendu, je pourrais ici démonter point par point l’ensemble des théories et allégories douteuses véhiculées sur le MMA par ses détracteurs, mais ce travail pédagogique et sémantique, nombreux experts l’ont déjà fait. De Cyril Diabaté à Cheick Kongo, de Fernand Lopez à Loic Pora, sans oublier bien entendu tous ceux cités plus haut. Il vous suffira de quelques clics sur le net pour vous faire votre propre idée. Statistiques et chiffres clés, jurisprudences et soutien de personnalités, sportifs de tous horizons et institutions, médecins, experts, médias, éducateurs, organisations, la liste est longue de ceux ayant déjà pris position. De fait, les arguments du ministère sonnent bien creux, comme un juji mal verrouillé, un jab pas assez vissé.

PROTÉGER OUI, MAIS QUI ET POURQUOI ?

Mais pourquoi s’évertuer alors année après année, preuve après preuve, témoignage après témoignage, à rester hermétique et figé. Pire encore, à se contredire en avortant avant même sa naissance, un rapport enfanté par ses propres parents, et censé valider si l’enfant MMA serait viable en France ou pas. La réaction du député Patrick Vignal en charge du rapport, pourtant judoka et MMA septique de son aveu est équivoque, il y anguille sous roche.

Sous le ministère des sports, trônent les fédérations, garants de la bonne organisation et du développement des pratiques sportives reconnues en France. Un remarquable travail mené par la plupart d’entre-elles, avec l’émergence de grand champions, exemplaires sur et en dehors des surfaces de compétition. Mais du ministère aux fédérations, ne pensez pas que l’ambition politique ne s’efface ni ne se lasse, bien au contraire, elle est omniprésente. Président, vice-présidents, élus locaux, départementaux et régionaux, aucune des strates du maillage étatique ne manque. A organisation égale, ambitions égales. La quête du pouvoir d’abord, son maintien ensuite. Le ministère des sports dit agir ainsi pour protéger des intérêts, c’est indéniable, il avait simplement oublié de préciser lesquels. Avec l’interdiction du MMA en France, les fédérations historiques sont confortées, la fronde n’aura donc pas lieu. Gagnant-gagnant pour les dirigeants, les lobbys s’agitent en coulisses et restent bien présents.

L’état souhaite préserver la dignité de la personne humaine, mais renvoi ses meilleurs athlètes à l’état de paria, d’apatride même. Il pense protéger l’intégrité physique des pratiquants, mais refuse une officialisation pourtant synonyme d’encadrement et de réglementations. Conséquence, le champ libre laissé aux charlatans et opportunistes malveillants.

Mais restons confiants. Ce travail d’ouverture, certains des plus grands champions de l’hexagone, médaillés olympiques ou mondiaux, l’ont entrepris. Profitant du temps d’avance de leurs congénères du combat mixte sur les problématiques de préparation physique, mentale, diététique ou médiatique. Echanges de bons procédés oblige, les  » olympiques » touchent eux, une nouvelle communauté, friande de spécialistes pour pouvoir progresser. Il n’y aura jamais plus fort qu’un champion de judo pour vous apprendre à projeter, c’est un fait. Chacun y trouve son compte, les masters class et séminaires mixtes ont de beaux jours devant eux. Entraide et prospérité mutuelle, ça vous dit quelque chose ?

Les défenseurs du MMA sont des compétiteurs, parfois même des champions. Je doute que ceux-là n’abandonne ainsi la partie. Combattre, c’est dans leur ADN… Le ministère croyait sans doute en avoir fini…

fightsport

Crédits photos : Avec l’aimable autorisation de @AtchProductions (en une), @fightsport.

Auteur : Mathieu Jabaud

Mathieu Jabaud fonde « Les Audiences Consolidées » en 2017 dans le but décrypter, accompagner et transmettre son expertise et ses expériences liées aux médias et à la communication. Parmi ses clients : des chaînes de TV (Cnews, NRJ12), des écoles de commerce (Sup de Pub, EFAP, ISEG, Inseec), des universités (Paris 8, UPEC), des personnalités issues du monde médiatique, sportif et politique. ———————————————————————————————————————————————————— .Responsable de la communication du groupe Endemol France (2013-2017) .Chargé de Communication et Marketing à la Fédération Française de Judo (2006-2013) .Diplômé d’un MBA de Management du sport .Licence et Maîtrise Management et Commerce .Ecole hôtelière Paris

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