« L’âge d’or du rap Français » : Une génération rassemblée, au-delà des clichés

Le 27 mars dernier dans une Accord Hotel Arena pleine à craquer, se tenait le concert événement « l’âge d’or du rap Français », réunissant parmi les plus grands noms de la scène rap en France période 90’-2000. Une soirée riche et émouvante à bien des égards, loin des clichés portés jadis, par une élite toujours en retard.

20h30. Charge est donnée au mythique Rockin’ Squat d’ouvrir le bal. Comme un symbole, le toujours actif MC d’Assassin, pionner du rap français s’il en est, vient donner le la à une soirée qui, tel un voyage dans le temps, nous remémore pourquoi ce rap conscient, nous l’aimons tant.

LE RAP, ARME DE SENSIBILISATION MASSIVE

“On ne me ment plus, l’africain est mon frère. Le musulman, le juif, je respecte leurs prières. Individuellement le choix de chacun est propre à lui-même. Vu de l’espace l’Histoire de la Terre est pour tout le monde la même » chante le Squat. Première piqûre qui me fit alors penser ceci : et si en plus de profiter du show avec mes frères, je m’autorisais une introspective contre-soirée en plein concert ? Me souvenir pourquoi ce mouvement musical a tant compté pour moi, et comment vingt ans après, la donne n’a pas changé.

L’émergence d’une culture construite sur la base du talent des uns, du dénigrement des autres.

La puissance des mots d’abord, celle des messages ensuite. L’attachement à des valeurs, des codes, des gimmicks. L’émergence d’une culture construite sur la base du talent des uns, du dénigrement des autres.

Toutes les caricatures y sont passées. Violence, sexisme, appel au meurtre, à la violence, à l’émeute, au trafic. Clichés clichés clichés… Comme si nos porte-paroles d’antan, ne furent pas autorisés à réagir et s’émouvoir si c’était en rappant. Pas le droit de s’indigner, ni même de provoquer ou d’user du second degré. Chaque mot allait être immédiatement jugé, sans en retenir le contexte, ni la globalité d’un texte.

Pourtant, et le concert est venu nous le rappeler, nombreux sont les artistes à avoir directement incité au respect des uns, à l’amour des autres, au repentir, à la tolérance, ou à l’envie de réussir. Nul besoin de les citer, tous ceux présents sur scène ont, de près ou de loin, emprunté par la rime certains de ces chemins.

RAPPER POUR CONTESTER, REVENDIQUER

Depuis ses prémices en France, le rap n’eut de cesse de se faire la voix, des victimes de l’injustice, de l’intolérance, et que l’on n’entend pas.

Crier l’état d’urgence attire la foudre pas la reconnaissance

Violences policières, racisme, discriminations, justice à deux vitesses, inégalité des chances et corruption. Crier l’état d’urgence attire la foudre pas la reconnaissance. A cette époque, le rap se voulait d’abord militant. Les chiens ne font pas de chats dit-on. Et si la richesse textuelle s’éloigne parfois, l’ADN lui, ne ment pas. Le rap fut, est, et doit rester, le porte parole de ceux que l’on continue à censurer. Les anciens ont su ouvrir la voie, permettant au rap actuel, même éloigné du sens originel, de continuer le combat. De Malik Oussékine à Adama Traoré, les plumes du bitume se sont toujours manifestées. Actives pour s’exprimer en première ligne et, de grès ou de force parfois, porter sur les médias mainstream la contestation et le débat.

Comme un symbole, le titre « Hardcore », dénonçant les abus, excès et injustices qui frappaient notre société il y a vingt ans, fut un des moments forts du concert. Si une version 2017 de ce classique était envisagée, cette dernière ne mériterait pas un gros lifting tant les mots d’antan, décrivent avec justesse et précision nos maux présents.

Bien entendu, le rap connu également sa part d’excès et de ratés. Fort heureusement et comme souvent, seuls les démarches sincères et le talent savent perdurer. Ce sont, et vous l’aurez deviné, ces deux critères majoritaires que j’ai choisis de développer.

L’ENTERTAINMENT VERSION CIMENT

Et puis le rap c’est du plaisir, c’est de l’esprit. Mélange d’humour, compétition et comédie. L’art de faire mouche en quelques mots, l’outrance en moins d’intellectuels aux bas cerveaux.

L’écriture, tu la respectes, ou tu la quittes

La punchline beaucoup en parle, peu la pratique. L’écriture, tu la respectes, ou tu la quittes… Mais ça, c’est un autre débat.

Le rap, et ne l’oublions pas, s’est construit sur des valeurs saines, populaires et pacifiques au-delà de tous débats. Peace, unity, love and having fun. Question message de paix qui dit mieux ? Personne.

« L’âge d’or du rap Français », ce fut trois heures de pur bonheur. Nous avions 30, 40, 50 ans. J’ai vu les mecs chanter sur des refrains, les filles rapper souvent plus propre que leurs copains. Messieurs les députés petit conseil en aparté, plutôt que de théoriser sur la diversité, passez une tête sur un « âge d’or » pour apprécier.

Et puis j’ai décrypté. Comme toujours, je ne profite jamais autant d’un spectacle qu’en observant ses spectateurs durant des heures. J’ai aimé voir ces milliers de personnes chanter, danser, s’émerveiller, partager, snaper. Et surprendre d’aprioris timides à se lever, pour poser quelques pas de danse sur leur titre préféré.

Le rap fut un partenaire de notre histoire

Dans courant musical et quoi qu’en disent certains, il y a musique. La musique nourrit, elle transcende, bouleverse, motive, rassure, elle divertit. A contempler tous ces visages ravis en plein Bercy, je réalisais que ce qui m’habitait à travers le rap et ses bienfaits, beaucoup le partageait en réalité. Des gens de tous profils, des gens de toutes les villes.

Le rap fut un partenaire de notre histoire. Influençant les jeunes que nous étions hier, construisant ainsi les adultes aujourd’hui. Comme un aîné offrant ses peines et ses trésors, mon rap méritait bien ce bel âge d’or…

 

AffichePARISAgedOR

Auteur : Mathieu Jabaud

Mathieu Jabaud fonde « Les Audiences Consolidées » en 2017 dans le but décrypter, accompagner et transmettre son expertise et ses expériences liées aux médias et à la communication. Parmi ses clients : des chaînes de TV (Cnews, NRJ12), des écoles de commerce (Sup de Pub, EFAP, ISEG, Inseec), des universités (Paris 8, UPEC), des personnalités issues du monde médiatique, sportif et politique. ———————————————————————————————————————————————————— .Responsable de la communication du groupe Endemol France (2013-2017) .Chargé de Communication et Marketing à la Fédération Française de Judo (2006-2013) .Diplômé d’un MBA de Management du sport .Licence et Maîtrise Management et Commerce .Ecole hôtelière Paris

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